Enluminer l'Amour - Le manuscrit secret
Enluminure…
Le nom fait surgir à l’esprit les manuscrits les plus beaux du Moyen Âge et de la Renaissance. Mais l’art de décorer les livres, de peindre leurs marges et de créer des lettrines n’a jamais cessé.
Au XIXe siècle, cet art est partagé par les artistes professionnels et des amateurs. Les premiers créent et offrent leurs talents pour la copie des manuscrits anciens.
Leur savoir-faire est sollicité par les imprimeurs et les éditeurs soucieux de di? user ces trésors grâce au procédé révolutionnaire de la chromolithographie. Les amateurs, en particulier les femmes, enrichissent leurs livres de prières de décors qu’elles colorisent. C’est ainsi qu’Adélaïde Louise d’Eckmühl, fille du maréchal Davout, peint, dans la fièvre d’un amour blessé, un livre d’heures pour le prince de Joinville, troisième fils de Louis-Philippe 1er, roi des Français. La jeune comtesse de Blocqueville exalte les missions maritimes du contre-amiral et sacrifie en silence ses espoirs. Une seule chose compte : que François d’Orléans revienne sain et sauf de ses expéditions et qu’il soit libéré de toute dérive amoureuse.
Inédit, ce manuscrit très personnel témoigne d’une page de l’histoire de la Marine sous la monarchie de Juillet. Offert au père Lacordaire en 1861 et oublié depuis son transfert dans les archives des Frères Prêcheurs de Toulouse en 1957, il trouve dans cette étude la lumière qui fait de nouveau briller ses ors.
La célébration des « 400 ans de la Marine nationale » lui offre un écrin tout particulier et l’enchâsse dans la longue histoire de la Marine.
Lorenzo Carras-Pugibet est chercheur-associé de la Bibliothèque nationale de France ; lauréat de la bourse Paul LeClerc Comité d’histoire de la BnF (2025-2026).
Claire Rousseau est docteur en Histoire de l’art et membre de l’Institut Historique de l’Ordre des Prêcheurs (Rome) ; elle assure une veille sur les Archives des Dominicains de la Province de Toulouse.